Avis d'un PSYCHOTHERAPEUTE sur la décision de confier à un élève de CM2 la mémoire d'un enfant de la Shoah

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Education civique ou conditionnement destructeur

Les Psychanalystes, les psychologues n'ont pas la vocation d'intervenir sur les décisions politiques mais ils ont le devoir d'ingérence lorsqu'ils entendent des absurdités. Je pense aux affirmations pendant la campagne électorale du  printemps 2007 de  l'origine génétique de l'homosexuel ou du suicidaire ou bien, comme nous venons de l'apprendre : dès la rentrée prochaine, chaque élève (ou chaque classe) de CM2 se verra confié la mémoire d'un enfant de la Shoah.

A mon sens, cette initiative, plus émotionnelle que pédagogique, est une mauvaise décision. On peut l'analyser comme une recherche  d'émotion voire celle d'un traumatisme psychique pour ces enfants. Cette recherche de l'émotion et de la sensation se fait au détriment de la pensée et de la réflexion pour l'enfant.
En tant que praticien, j'ai eu de nombreuses fois l'occasion d'observer combien le décès et la mémoire d'un frère, d'un neveu ou d'un proche mort avant la naissance de l'enfant, laissait une empreinte grave de conséquences, des troubles d'identité, une culpabilité difficile à vivre.  La problématique d'enfant de remplacement représente une pathologie certaine.

Il faut savoir qu'au delà des pathologies induites par certaines constellations familiales, nos patients et surtout nos jeunes patients présentent des carences de repères. Les crises d'adolescents et les dépressions de jeunes adultes n'ont jamais été aussi nombreuses qu'elles ne le sont actuellement. Des carences de la société existent bien sur ces questions de repères. Comment trouver un sens à sa vie ? Quelles sont les valeurs légitimes à reconnaître ?

Il est nécessaire que l'éducation permette de connaître, de comprendre, que tous ces crimes commis pendant la Shoah, mais aussi dans d'autres moments sombres de l'histoire, aient toute leur place dans le programme d'histoire. Et que l'instruction civique devrait participer à l'apprentissage des valeurs traditionnelles de la république, liberté, égalité fraternité et développer également des vertus humanistes, écologiques et simplement humaines nécessaires pour vivre en harmonie avec son temps. 

 
Mais ceci est bien différent que de coller le prénom ou le nom d'un enfant mort dans la tête fragile d’un pré-adolescent, en période de latence et élève de CM2. Pour un enfant de cet âge, imaginer et prendre conscience de la mort  représente toujours un processus complexe difficile à effectuer dans des conditions normales. Comprenez l'impact émotionnel, le stress pour l'enfant de ce parrainage morbide !    L'identification au destin tragique d'un déporté dans la tête d'un enfant  aura finalement des conséquences violentes et imprévues par l'initiateur de cette idée.

Cette volonté de créer de la compassion, de la culpabilité est une logique largement religieuse. Provoquer délibérément une identification  macabre et développer cette notion de martyr revient également  à favoriser le communautarisme.
Questionnement sur le choix du  martyr, questionnement sur le côté vengeur que certains peuvent développer (nous le voyons actuellement au Moyen-Orient ou en Afrique, combien les communautés ne peuvent plus vivre côte à côte.  Toute initiative favorisant un développement du communautarisme est dangereuse et s'accompagnera tôt ou tard  de violence.    

Intervention de Gérard VIGNAUX  prévue mardi 19 février 2008 à 11h 10 mn sur radio france internationale              

 Psychothérapeute-Psychanalyste

 co-auteur de "Parlons Psy" éditions ARCHIPEL

Contacter Gérard VIGNAUX : 01 42 57 88 20

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